Ecoute active : Pourquoi doit-on réapprendre à écouter ?

Ecoute active : Pourquoi doit-on réapprendre à écouter ?

29 juin 2018 0 Par Mehdi

Bien com­mu­ni­quer, c’est trou­ver l’équilibre entre la parole et l’écoute. Et savoir bien écouter est une qual­ité pri­mor­diale pour s’épanouir dans nos échanges avec les autres. L’écoute con­sciente et atten­tive est essen­tielle : c’est notre moyen le plus effi­cace de col­lecter l’information venant d’une per­son­ne qui nous adresse la parole. Mais sait-on vrai­ment écouter ?
Avant de vous par­ler de com­mu­ni­ca­tion et du principe de l’écoute active, lais­sez-moi vous racon­ter une his­toire.

Je suis au Pérou depuis trois jours et cela fait des mois que je n’ai pas goûté de bon choco­lat. Je ren­tre dans la choco­la­terie. Une forte odeur de cacao me donne immé­di­ate­ment le sourire. Je m’installe, le gérant me tend la carte et je le remer­cie dans mon espag­nol forte­ment tin­té d’accent bleu-blanc-rouge. “Vous êtes Français ?” me demande-t-il. De mon côté, j’identifie immé­di­ate­ment ses orig­ines : Belge.
Quand on ne se sent pas écouté...Je suis aux anges : un choco­lati­er belge instal­lé dans un pays pro­duc­teur de cacao ! Moi qui rêve d’avoir une con­ver­sa­tion enrichissante sur le sujet avec un autre pas­sion­né du sucré. J’engage la con­ver­sa­tion, je lui pose beau­coup de ques­tions “Pourquoi es-tu instal­lé au Pérou ?”, “Sources-tu toi-même ton cacao ? Com­ment ?”, “Quelle qual­ité de vie trou­ves-tu ici et pas ailleurs ?”. Je ne con­nais encore pas grand chose aux principes d’écoute active et de com­mu­ni­ca­tion bien­veil­lante, mais je ressens rapi­de­ment un malaise : il se fiche bien de savoir qui je suis et pourquoi je m’intéresse à lui. Il est totale­ment focal­isé sur ce qu’il a à dire lui. Il me racon­te sa vie, me détaille le CV de ses recon­ver­sions pro­fes­sion­nelles et de ses for­ma­tions. J’essaye tant bien que mal de rebondir, rien n’y fait. Après 15 min­utes, je ressors en con­nais­sant tout de sa vie. Il ne sait même pas que je voy­age autour du monde, que je suis égale­ment pâtissier recon­ver­ti, un amoureux du choco­lat et que j’aurais aimé en appren­dre bien plus. Il n’y a pas vrai­ment eu d’échange et je ressens une réelle frus­tra­tion !

L’écoute, la moitié pauvre de la communication

L’écoute atten­tive est la par­tie man­quante de nos com­mu­ni­ca­tions. Nous avons tous envie d’être enten­dusrecon­nus, d’être au cen­tre de l’attention. Et c’est nor­mal, c’est le pro­pre de l’être humain. Mais nous ne nous écou­tons plus suff­isam­ment les uns les autres, et le fait de ne pas se sen­tir écoutés peut créer un malaise, voir un mal-être. C’est une qual­ité absol­u­ment néces­saire et totale­ment nég­ligée.
Preuve en est : mal­gré l’augmentation expo­nen­tielle des moyens de com­mu­ni­ca­tion nous reliant à nos com­mu­nautés, les lignes télé­phoniques dédiées à l’écoute des per­son­nes ressen­tant des dif­fi­cultés per­son­nelles n’ont jamais été autant sol­lic­itées (la ligne améri­caine de préven­tion des sui­cides est passée de 20.000 appels reçus en 2005 à 1.500.000 en 2014). Ces hommes et ces femmes ne sont plus écoutés par leur entourage.
La con­stata­tion est sans équiv­oque : au glob­al, nous man­quons cru­elle­ment de bien­veil­lance.

Nous ne voulons pas vraiment écouter

Une infor­ma­tion à sens unique ne nous per­met pas de nous faire grandir en tant qu’être social. Pour s’épanouir, il faut un échange inter­per­son­nel riche : une con­ver­sa­tion. Dans une con­ver­sa­tion équili­brée, on passe env­i­ron 60% de notre temps à écouter, et on ne retient que 20% de ce qu’on entend. Imag­inez ce qu’il en est lorsque l’on n’est pas atten­tifs car trop dis­traits par ce qu’on va vouloir répon­dre plus tard.

Pourquoi est-ce qu’avoir moins de capacité d’écoute est un problème sérieux ?

Parce qu’écouter est la porte d’accès à la com­préhen­sion, et qu’une bonne com­préhen­sion favorise l’empathie.
Si on n’écoute pas ce que l’on nous dit, on ne peut pas com­pren­dre ce que veut l’autre. C’est alors que nais­sent les frus­tra­tions, les malen­ten­dus, les incom­préhen­sions, les réac­tions vio­lentes…

Pourquoi ne savons-nous pas bien écouter ?

Ecouter, c’est savoir se taire. Com­ment com­pren­dre ce que veut dire l’autre, ce qu’il a à l’esprit, si on passe notre temps à l’inter­rompre ?
Quand on coupe la parole, on le fait sou­vent de manière incon­sciente et qu’on croit bien­veil­lante (pour pos­er une ques­tion par exem­ple), mais ça nous per­met de garder le con­trôle, et/ou de ramen­er la con­ver­sa­tion à nous.

Pourquoi n’aimons-nous pas vraiment écouter ?

Ecouter, c’est pren­dre le risque d’être désarçon­nés. Beau­coup craig­nent les con­ver­sa­tions qu’ils ont en temps réel parce qu’ils ne peu­vent pas maîtris­er tout ce qu’ils vont devoir enten­dre et répon­dre.
Per­son­ne n’aime faire face au mal-être de l’autre. On ne sait pas quoi dire, on ne sait pas com­ment le soulager. Nous préférons garder le con­trôle via des ques­tions ori­en­tées, emmenant de la sorte la con­ver­sa­tion vers un domaine qu’on maîtrise. Mais ce n’est pas ren­dre ser­vice à celui qui nous par­le. S’il se con­fie à nous, c’est qu’il a besoin de dire ce qu’il ressent. Il n’a pas besoin qu’on lui impose nos ques­tions inces­santes, nos reproches, ou nos con­seils pré­co­ces.
Si vous ne savez pas quoi dire, c’est qu’il n’y a rien à dire. Peut-être juste un “Je suis là pour toi, je t’écoute”. Les “Une de per­due dix de retrou­vées”, “Il n’y a pas mort d’homme” ou “Mon dieu mais c’est hor­ri­ble, je com­prends telle­ment” ne ser­vent à rien.

Ecoute active et lâcher prise sur le contrôle

Voilà ce à quoi ressem­ble notre cerveau. On veut tout con­trôler. Ecouter avec bien­veil­lance, c’est met­tre notre con­sole en veille.

Pourquoi est-ce si dur de rester concentré sur ce qu’on écoute ?

Il y a deux raisons prin­ci­pales à cela. La pre­mière rai­son nous est pro­pre. Un être humain nor­mal par­le avec un débit d’environ 225 mots par minute (sauf Eminem, notre dieu à tous !), mais peut écouter un débit de 500 mots par minute. Du coup le cerveau comble le vide avec des pen­sées. Ecouter avec atten­tion demande un effort. Notre cerveau doit ralen­tir et laiss­er pass­er les pen­sées qui pol­lu­ent notre écoute.
La sec­onde rai­son est externe. Nous sommes con­stam­ment cou­verts par les bruits qui nous entourent : musique, bruits de rue, bruits de la nature, réveil, bips, con­ver­sa­tions d’autres per­son­nes, etc. Notre cerveau entend plusieurs canaux, puis choisit ceux qu’il veut réelle­ment écouter. Il faut réelle­ment vouloir écouter quelqu’un pour l’écouter de manière con­sciente et com­pren­dre ce qu’il nous dit.

Et les réseaux sociaux dans tout ça ?

Ça va pour moi, j’ai 1000 per­son­nes qui “m’écoutent” sur Face­book.

Aïe ! Les rela­tions humaines sont rich­es, com­plex­es, et nous les sim­pli­fions à out­rance à l’aide des tech­nolo­gies. Quand on poste un statut sur les réseaux soci­aux, on attend des likes, des com­men­taires posi­tifs, des grat­i­fi­ca­tions qui font bondir notre séro­to­nine et par là même notre bien-être. Mais per­son­ne ne nous demande “Que pen­sais-tu au moment où tu as posté ceci ? Quelle est l’histoire der­rière cette pho­to ?”. Les médias soci­aux ne nous per­me­t­tent pas de par­ler et d’être écoutés, ils nous inci­tent à nous expos­er et à être jugés.

Les réseaux sociaux favorisentFinale­ment, le sen­ti­ment de “per­son­ne ne m’écoute” est très impor­tant dans nos rela­tions tech­nologiques. Nous avons énor­mé­ment d’audi­teurs automa­tiques mais com­bi­en décrochent leurs télé­phones ou vien­nent nous voir quand on rem­place notre pho­to de pro­fil par un car­ré noir qui dit juste “à l’aide” ?

De plus, on n’expose plus que ce qui sera jugé pos­i­tive­ment. On fil­tre nos vies. Nor­mal, per­son­ne ne souhaite être jugé néga­tive­ment. Alors on garde ces choses “hon­teuses” pour des pro­fes­sion­nels : psys, médecins. Brefs, des gens payés pour qu’ils ne nous jugent pas. La plu­part de ces pro­fes­sion­nels ne par­lent pas, con­seil­lent peu, mais ils écoutent con­scien­cieuse­ment. C’est cette écoute incon­di­tion­nelle qui nous soulage tant… à 80€ la séance. Il me sem­ble pour­tant que c’est ça, le rôle des proches, de la famille, des amis.

L’écoute active : principe d’une méthode efficace

Qu’est-ce que l’écoute active ?

Beau­coup pensent qu’écouter est quelque chose de sim­ple, de naturel, alors qu’au con­traire cela s’apprend. L’écoute active est une tech­nique qui a été for­mulée pour la pre­mière fois par le psy­cho­logue Carl Rogers. Son principe se résume en 5 mots :

Soyez dans le moment présent !

Rien n’est plus impor­tant. Une écoute con­sciente et active mène tou­jours à la com­préhen­sion. Mais ça con­siste en quoi exacte­ment ?

Ecouter active­ment, c’est per­me­t­tre à notre inter­locu­teur de se racon­ter, de s’ouvrir. C’est tout !
Sans inter­rompre, sans juger, sans prodiguer de con­seils, sans faire la morale, sans se com­par­er. Il suf­fit donc d’être sincère­ment atten­tif à ce que la per­son­ne en face dit, à ce qu’elle ne dit pas, à son atti­tude. Tout par­le chez l’être humain, pas unique­ment les mots mais le lan­gage non-ver­bal égale­ment. Restez silen­cieux et autorisez les silences de l’autre afin qu’il puisse souf­fler et repren­dre ce qu’il a à dire.
Et plus quelqu’un est écouté, mieux il réflé­chit. Vous serez sur­pris d’entendre finale­ment votre inter­locu­teur vous remerci­er alors que vous n’avez rien fait d’autre qu’écouter. Il a sen­ti que vous vous intéressiez à lui et à ce qu’il avait à dire. Ça vaut mille con­seils.

Bien sûr, il est nor­mal de juger. C’est notre unique manière de dis­cern­er toutes les infor­ma­tions qui nous arrivent et de sur­vivre dans ce monde. Mais pour être vrai­ment à l’écoute, il faut réus­sir à sus­pendre nos juge­ments, ain­si que notre droit à avoir rai­son. Ça paraît sim­ple, mais vous ver­rez vite qu’écouter sans prodiguer de con­seils, sans juger (et pas même dans nos esprits), sans inter­rompre, est un exer­ci­ce vrai­ment dif­fi­cile.

Ecoute active : être dans le moment présent

Ecouter active­ment, c’est cess­er toute activ­ité pour être dans le moment présent.

Ce que l’écoute active n’est pas

Vrai­ment écouter quelqu’un, ce n’est pas :

  • être sur la défen­sive, même si ce que la per­son­ne nous dit nous vise per­son­nelle­ment. Ecouter con­sciem­ment ce que la per­son­ne nous dit, c’est chercher à com­pren­dre quels sont les sen­ti­ments de notre inter­locu­teur. Sou­vent der­rière le reproche ou la colère, il y a de la peur ou de la tristesse.
  • exprimer nos idées pour repren­dre le con­trôle ou nous met­tre en avant. Même si cette idée vient sous forme de ques­tion ori­en­tée. Prenez en con­science, vous ver­rez qu’on le fait bien plus sou­vent que ce que l’on croit.
  • écouter en cher­chant à pren­dre en défaut l’autre. Ecouter et paraître sym­pa­thique pour que l’autre s’ouvre et mon­tre ses failles, puis retourn­er ses faib­less­es con­tre lui (sim­ple­ment avec un “A ta place je n’aurais pas fait ça comme ça”). C’est le meilleur moyen de le voir se refer­mer sur lui-même.
  • écouter que ce qui va dans le sens de nos principes, de nos opin­ions. Ecouter ce qui nous arrange, c’est penser à nous, pas à celui qui a besoin d’être enten­du.

Si votre bouche est ouverte, vous n’apprenez pas !” — Boud­dha

L’essentiel

L’écoute active et bien­veil­lante nous aide à com­mu­ni­quer avec l’autre, à établir un rap­port de con­fi­ance. Elle s’apprend et se pra­tique. Nous avons fait un pre­mier pas en prenant con­science de ce qui car­ac­térise une mau­vaise écoute, et de ce qui est le plus dif­fi­cile à maîtris­er. Même si on donne tous les signes d’une écoute atten­tive, nos pen­sées peu­vent nous faire sor­tir de nos moments de con­ver­sa­tions.

Si vous écoutez sincère­ment quelqu’un, sans l’interrompre, il sera plus à même de vous écouter ensuite, même dans une sit­u­a­tion con­flictuelle. Ain­si, l’écoute peut être la clé qui ouvre la porte des rela­tions humaines. On entend sou­vent : “Il par­le trop”, mais per­son­ne n’a jamais dit : “Il écoute trop”. Alors on pour­rait :

  • appren­dre aux enfants à écouter. Non pas pour obéir mais pour com­pren­dre, comme on leur apprend à par­ler, à lire, à compter, à écrire.
  • appren­dre aux par­ents à écouter leurs enfants. Je veux dire ce qu’il y a vrai­ment der­rière les mots de l’enfant.
  • pourquoi pas aller jusqu’à choisir nos lead­ers sur leur capac­ité à nous écouter, et donc à nous com­pren­dre, plutôt que sur leur élo­quence.

On gag­n­erait ain­si beau­coup :

  • Une meilleure écoute encour­age la com­préhen­sion dans un cou­ple.
  • Les par­ents nour­ris­sent l’estime de soi de leurs enfants en demeu­rant à leur écoute.
  • En affaires ou en poli­tique, une bonne écoute aide à épargn­er temps et argent, car elle per­met d’éviter les mésen­tentes.
  • Quel que soit le con­texte, nous apprenons beau­coup plus en écoutant qu’en par­lant.
  • Notre capac­ité de com­préhen­sion de l’autre nous aide à réus­sir autant dans notre vie pro­fes­sion­nelle que dans notre vie per­son­nelle. Ceux qui réus­sis­sent le plus sont son­vent ceux qui écoutent le mieux.

 

Finale­ment, l’écoute active n’est qu’une façon pra­tique de faire pour les autres ce que nous voulons qu’ils fassent pour nous : être enten­dus, recon­nus, com­pris. Et c’est con­tagieux : chaque per­son­ne qui a été vrai­ment écoutée se sent plus à même d’écouter et de com­pren­dre son prochain. Il ne tient qu’à nous de com­mencer cette réac­tion en chaine !

Me con­cer­nant, je réalise que j’ai ten­dance à beau­coup trop couper la parole. Et vous quel est votre plus gros défaut ou votre plus grande lim­ite lorsque vous écoutez quelqu’un ? Dites-le moi en com­men­taire et tra­vail­lons ensem­ble afin d’améliorer notre com­mu­ni­ca­tion.

Enreg­istr­erEnreg­istr­er

Enreg­istr­erEnreg­istr­er

Enreg­istr­erEnreg­istr­er

Enreg­istr­erEnreg­istr­er

Enreg­istr­erEnreg­istr­er

Enreg­istr­erEnreg­istr­erEnreg­istr­erEnreg­istr­er

Enreg­istr­erEnreg­istr­er

Enreg­istr­erEnreg­istr­erEnreg­istr­erEnreg­istr­er

Partagez cet arti­cle
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
    4
    Partages
  • 4
  •  
  •  
  •  
  •